Il était une fois Grégoire Lepère
mars 18, 2007 à 7:37 (Contes et histoires)
Durant ma semaine de relâche, j’ai eu envie d’écrire le début d’une histoire. Vous me direz ce que vous en pensez (personnellement, je lui donne 75%) :
Sur l’avenue Principale, des silhouettes vêtues de grands manteaux pressaient le pas. Les uns bousculaient les autres arrachant quelques grognements à ces derniers. À vue d’œil, on pouvait croire que les trottoirs s’étaient soudainement transformés en circuit où concourraient les lièvres et les tortues. D’ordinaire peu agitée, l’avenue Principale s’était animée depuis l’aube. Les automobilistes la traversaient avec peine et misère, klaxonnant et maugréant de manière continue. Le 24 décembre semblait autoriser les retardataires à faire un manquement à la politesse. Parmi cette foule, un jeune couple dans la trentaine contrastait avec les autres piétons. Ils marchaient calmement, sans tracas ni soucis, le sourire aux lèvres. Leur démarche reflétait cet état d’esprit. Le stress d’avant-Noël avait nulle emprise sur eux.
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Isabelle, as-tu pensé à acheter le jouet pour David ?
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Ah non ! J’ai complètement oublié, dit-elle en se tapant le front avec sa main.
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Ce n’est pas grave. En la rassurant, il vit quelque chose digne de mention. Regarde ! Le robot y est encore !, s’écria-t-il en pointant du doigt le magasin de jouets.
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Quelle chance ! Allons-y avant que quelqu’un ne le prenne avant nous !
Ils accélèrent le pas, se faufilant du mieux qu’ils pouvaient dans cette foule compacte. Dès qu’ils arrivèrent, ils se dépêchèrent d’entrer dans la boutique. En dépit de son aspect rustique, le magasin de jouets était un endroit fort populaire. Au fil des années, il était devenu la référence des parents en matière de jouets dernier cri. Son propriétaire, Grégoire Lepère, était très apprécié par les citoyens de Mirieville. Cet homme d’âge mûr confectionnait à ses heures libres des joujoux inédits prisés par la jeunesse. Sa créativité lui valut même un jour un trophée honorifique remis en main propre par le maire. Grégoire Lepère était sans conteste une célébrité dans la commune de Mirieville.
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Grégoire, Grégoire! s’époumona presque Isabelle.
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Pas si fort Isabelle, répondit Grégoire avec un sourire, en train de descendre d’un escabeau.
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Désolé, je voulais attirer ton attention.
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C’est fait. Que désires-tu?
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Le robot est toujours à vendre?, s’enquit Jean-Michel, le mari d’Isabelle.
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Oui, et je trouve ça surprenant. C’est bien la première fois que l’un de mes jouets restent aussi longtemps devant la vitrine.
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Ne vous en faites pas, nous sommes venus l’acheter, dit Isabelle le ton joyeux.
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Oh ! Très bien ! Je vais aller vous le chercher.
Quelques instants plus tard, Grégoire revint avec le robot. Il tenait entre ses mains une véritable œuvre d’art. À peine plus grand qu’un bambin qui vient de naître, le robot a l’apparence de ceux vendus dans les grandes surfaces. Ce qui diffère est son aspect humain très proche de la réalité. Aux dires de son créateur, il s’agit de son œuvre la plus réussie.
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Voilà le robot. Un cadeau pour votre fils je présume ?
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Dans le mille Grégoire.
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Je suis sûr qu’il va l’adorer, s’exclama Isabelle.
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Ça me ferait plaisir, dit Lepère, le regard admiratif posé sur le robot. Si nous allions à la caisse?
Les jeunes parents opinèrent de la tête et suivirent Grégoire jusqu’à la caisse. La facture réglée, ils quittèrent joyeusement le magasin, un cadeau sous le bras. Une fois arrivée à leur voiture, ils couchèrent précieusement le cadeau sur la banquette arrière. C’est avec un air ravi qu’ils prirent le chemin du retour.
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Tu crois qu’il va aimer notre cadeau, Jean-Michel?
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Ne t’en fais pas, je suis certain qu’il va l’aimer.
Jean-Michel conduisit en silence l’auto. Environ à mi-chemin, des cognements se firent entendre à l’arrière.
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C’est quoi ce bruit ?
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Peut-être une pierre qui cogne contre le garde-boue?
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Non, ça vient d’en arrière.
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Sur la banquette?
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Oui, dit Isabelle en vérifiant si le cadeau était toujours à sa place. Au moins, la boîte n’a pas bougé.
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Ah…Ça doit être une pièce qui s’est détachée.
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On devrait peut-être s’arrêter.
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Non, non. C’est pas nécessaire.
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T’en es sûr?
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Oui. Je m’occuperai de cela demain matin.
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T’as raison, pourquoi s’en faire. Noël approche après tout.
Ils continuèrent leur route sans aucun cognements ne viennent à nouveau les déranger. Arrivée à leur domicile, Isabelle fit une remarque à son mari :
- Jean-Michel, pourrais-tu venir ici?
- Qu’y a-t-il?, répondit-il en fermant la portière. Il fit le tour de la voiture afin de rejoindre Isabelle.
- Regarde le cadeau, dit-elle en le pointant.
Jean-Michel remarqua immédiatement que la boîte n’était plus à l’horizontal, mais à la verticale. De plus, il était attaché. Cependant, ce qui attira son attention sont les deux bosses sur la boîte d’emballage.
- Le robot est à la verticale, Isabelle.
- Je le sais, c’est moi qui l’a mis dans cette position après que tu as été d’asseoir au volant.
- C’est ce que je pensais. Mais ce n’est pas ça que tu voulais me montrer?
- Non, c’est plutôt ces bosses. Tu vois, il y a en trois.
- Deux tu veux dire.
- Non, regarde, répondit Isabelle en pointant la bosse sur le côté droit de la boîte et celles sur le devant. Tu vois, il y en a trois.
- Je ne l’avais pas vu celle-là.
- Jean-Michel, tu crois que les cognements que nous avons entendus tout à l’heure provenaient de la boîte?
- C’est bien possible. Grégoire a probablement mal emballé le robot et il a laissé trop d’espace à l’intérieur de la boîte. Le robot a dû bougé durant le trajet. Ça me semble évident.
- Ça doit être ça, fini par dire Isabelle en détachant le cadeau.
- Isabelle…dit Jean-Michel un peu perplexe.
- Quoi ?
- Pourquoi les pieds du robot sont à l’extérieur de la boîte?