Il était une fois Grégoire Lepère

Durant ma semaine de relâche, j’ai eu envie d’écrire le début d’une histoire. Vous me direz ce que vous en pensez (personnellement, je lui donne 75%) :

 

Sur l’avenue Principale, des silhouettes vêtues de grands manteaux pressaient le pas. Les uns bousculaient les autres arrachant quelques grognements à ces derniers. À vue d’œil, on pouvait croire que les trottoirs s’étaient soudainement transformés en circuit où concourraient les lièvres et les tortues. D’ordinaire peu agitée, l’avenue Principale s’était animée depuis l’aube. Les automobilistes la traversaient avec peine et misère, klaxonnant et maugréant de manière continue. Le 24 décembre semblait autoriser les retardataires à faire un manquement à la politesse. Parmi cette foule, un jeune couple dans la trentaine contrastait avec les autres piétons. Ils marchaient calmement, sans tracas ni soucis, le sourire aux lèvres. Leur démarche reflétait cet état d’esprit. Le stress d’avant-Noël avait nulle emprise sur eux.

  • Isabelle, as-tu pensé à acheter le jouet pour David ?

  • Ah non ! J’ai complètement oublié, dit-elle en se tapant le front avec sa main.

  • Ce n’est pas grave. En la rassurant, il vit quelque chose digne de mention. Regarde ! Le robot y est encore !, s’écria-t-il en pointant du doigt le magasin de jouets.

  • Quelle chance ! Allons-y avant que quelqu’un ne le prenne avant nous !

Ils accélèrent le pas, se faufilant du mieux qu’ils pouvaient dans cette foule compacte. Dès qu’ils arrivèrent, ils se dépêchèrent d’entrer dans la boutique. En dépit de son aspect rustique, le magasin de jouets était un endroit fort populaire. Au fil des années, il était devenu la référence des parents en matière de jouets dernier cri. Son propriétaire, Grégoire Lepère, était très apprécié par les citoyens de Mirieville. Cet homme d’âge mûr confectionnait à ses heures libres des joujoux inédits prisés par la jeunesse. Sa créativité lui valut même un jour un trophée honorifique remis en main propre par le maire. Grégoire Lepère était sans conteste une célébrité dans la commune de Mirieville.

  • Grégoire, Grégoire! s’époumona presque Isabelle.

  • Pas si fort Isabelle, répondit Grégoire avec un sourire, en train de descendre d’un escabeau.

  • Désolé, je voulais attirer ton attention.

  • C’est fait. Que désires-tu?

  • Le robot est toujours à vendre?, s’enquit Jean-Michel, le mari d’Isabelle.

  • Oui, et je trouve ça surprenant. C’est bien la première fois que l’un de mes jouets restent aussi longtemps devant la vitrine.

  • Ne vous en faites pas, nous sommes venus l’acheter, dit Isabelle le ton joyeux.

  • Oh ! Très bien ! Je vais aller vous le chercher.

Quelques instants plus tard, Grégoire revint avec le robot. Il tenait entre ses mains une véritable œuvre d’art. À peine plus grand qu’un bambin qui vient de naître, le robot a l’apparence de ceux vendus dans les grandes surfaces. Ce qui diffère est son aspect humain très proche de la réalité. Aux dires de son créateur, il s’agit de son œuvre la plus réussie.

  • Voilà le robot. Un cadeau pour votre fils je présume ?

  • Dans le mille Grégoire.

  • Je suis sûr qu’il va l’adorer, s’exclama Isabelle.

  • Ça me ferait plaisir, dit Lepère, le regard admiratif posé sur le robot. Si nous allions à la caisse?

Les jeunes parents opinèrent de la tête et suivirent Grégoire jusqu’à la caisse. La facture réglée, ils quittèrent joyeusement le magasin, un cadeau sous le bras. Une fois arrivée à leur voiture, ils couchèrent précieusement le cadeau sur la banquette arrière. C’est avec un air ravi qu’ils prirent le chemin du retour.

  • Tu crois qu’il va aimer notre cadeau, Jean-Michel?

  • Ne t’en fais pas, je suis certain qu’il va l’aimer.

Jean-Michel conduisit en silence l’auto. Environ à mi-chemin, des cognements se firent entendre à l’arrière.

  • C’est quoi ce bruit ?

  • Peut-être une pierre qui cogne contre le garde-boue?

  • Non, ça vient d’en arrière.

  • Sur la banquette?

  • Oui, dit Isabelle en vérifiant si le cadeau était toujours à sa place. Au moins, la boîte n’a pas bougé.

  • Ah…Ça doit être une pièce qui s’est détachée.

  • On devrait peut-être s’arrêter.

  • Non, non. C’est pas nécessaire.

  • T’en es sûr?

  • Oui. Je m’occuperai de cela demain matin.

  • T’as raison, pourquoi s’en faire. Noël approche après tout.

Ils continuèrent leur route sans aucun cognements ne viennent à nouveau les déranger. Arrivée à leur domicile, Isabelle fit une remarque à son mari :

  • Jean-Michel, pourrais-tu venir ici?
  • Qu’y a-t-il?, répondit-il en fermant la portière. Il fit le tour de la voiture afin de rejoindre Isabelle.
  • Regarde le cadeau, dit-elle en le pointant.

Jean-Michel remarqua immédiatement que la boîte n’était plus à l’horizontal, mais à la verticale. De plus, il était attaché. Cependant, ce qui attira son attention sont les deux bosses sur la boîte d’emballage.

  • Le robot est à la verticale, Isabelle.
  • Je le sais, c’est moi qui l’a mis dans cette position après que tu as été d’asseoir au volant.
  • C’est ce que je pensais. Mais ce n’est pas ça que tu voulais me montrer?
  • Non, c’est plutôt ces bosses. Tu vois, il y a en trois.
  • Deux tu veux dire.
  • Non, regarde, répondit Isabelle en pointant la bosse sur le côté droit de la boîte et celles sur le devant. Tu vois, il y en a trois.
  • Je ne l’avais pas vu celle-là.
  • Jean-Michel, tu crois que les cognements que nous avons entendus tout à l’heure provenaient de la boîte?
  • C’est bien possible. Grégoire a probablement mal emballé le robot et il a laissé trop d’espace à l’intérieur de la boîte. Le robot a dû bougé durant le trajet. Ça me semble évident.
  • Ça doit être ça, fini par dire Isabelle en détachant le cadeau.
  • Isabelle…dit Jean-Michel un peu perplexe.
  • Quoi ?
  • Pourquoi les pieds du robot sont à l’extérieur de la boîte?

La Barbe Bleue

J’ai décidé qu’une ou plusieurs fois par semaine, je vais poster une histoire ou un conte. Pour inaugurer cette catégorie, je commence par le conte La Barbe Bleue.

La Barbe Bleue

Voici un extrait :

Il était une fois un homme qui avait de belles maisons à la ville et à la campagne, de la vaisselle d’or et d’argent, des meubles en broderies et des carrosses tout dorés. Mais, par malheur, cet homme avait la barbe bleue : cela le rendait si laid et si terrible, qu’il n’était ni femme ni fille qui ne s’enfuît de devant lui.Une de ses voisines, dame de qualité, avait deux filles parfaitement belles. Il lui en demanda une en mariage, et lui laissa le choix de celle qu’elle voudrait lui donner. Elles n’en voulaient point toutes deux, et se le renvoyaient l’une à l’autre, ne pouvant se résoudre à prendre un homme qui eût la barbe bleue. Ce qui les dégoûtait encore, c’est qu’il avait déjà épousé plusieurs femmes, et qu’on ne savait ce que ces femmes étaient devenues.

La Barbe bleue, pour faire connaissance, les mena, avec leur mère et trois ou quatre de leurs meilleures amies et quelques jeunes gens du voisinage, à une de ses maisons de campagne, où on demeura huit jours entiers. Ce n’étaient que promenades, que parties de chasse et de pêche, que danses et festins, que collations : on ne dormait point et on passait toute la nuit à se faire des malices les uns aux autres ; enfin tout alla si bien que la cadette commença à trouver que le maître du logis n’avait plus la barbe si bleue, et que c’était un fort honnête homme.

Dès qu’on fut de retour à la ville, le mariage se conclut. Au bout d’un mois, la Barbe bleue dit à sa femme qu’il était obligé de faire un voyage en province, de six semaines au moins, pour une affaire de conséquence; qu’il la priait de se bien divertir pendant son absence ; qu’elle fit venir ses bonnes amies ; qu’elle les menât à la campagne, si elle voulait ; que partout elle fît bonne chère.

“Voilà, dit-il, les clefs des deux grands garde-meubles ; voilà celles de la vaisselle d’or et d’argent, qui ne sert pas tous les jours ; voilà celles de mes coffres-forts où est mon or et mon argent ; celles des cassettes où sont mes pierreries, et voilà le passe-partout de tous les appartements. Pour cette petite clef-ci, c’est la clef du cabinet au bout de la grande galerie de l’appartement bas : ouvrez tout, allez partout ; mais, pour ce petit cabinet, je vous défends d’y entrer, et je vous le défends de telle sorte que s’il vous arrive de l’ouvrir, il n’y a rien que vous ne deviez attendre de ma colère.”